La
minorité extrémiste tente de s'imposer au sein du Parti républicain
By
P. de B., Washington correspondent
Le Monde, Monday, January 18, 1999, page 2
Lors
de sa fête annuelle des Bleu-Blanc-Rouge, en septembre 1998, le
Front national français a accueilli la délégation d'un parti frère
américain, le Conseil des citoyens conservateurs (CCC).
Elle était présidée par un homme d'affaires de Géorgie, Tom Dover,
nous indique un chercheur en sciences politiques américain, Arun
Kapil.
Le CCC
est connu comme une sorte de Ku Klux Klan en complet veston, qui
défend la suprématie blanche et condamne les mélanges raciaux.
Ce n'est pas un groupe marginal dans le Sud profond. Il
a parmi ses partisans le chef de la majorité républicaine au Sénat,
Trent Lott (Mississippi), et l'un des procueurs qui instruisent
actuellement le procès en destitution du président, le représentant
Bob Barr (Géorgie). Après la publication d'informations
sur cette collusion, M. Lott et M. Barr se sont efforcés de prendre
leur distance du CCC, affirmant qu'ils ne savaient rien de ses
orientations racistes. Il n'en reste pas moins que ces contacts
datent d'un certain nombre d'années et que d'importantes personnalités
du Parti républicain, dominant dans le Sud, sont membres ou sympathisants
du CCC, comme trente-quatre membres de la Législature et le gouverneur
du Mississippi.
ORGANISATIONS
TRÈS ACTIVES
Depuis
que la Chambre haute est saisie du sort de Bill Clinton, le sénateur
Lott s'est efforcé de laisser au vestiaire son image d'ultraconservateur
et d'endosser celle du conciliateur. Mais le CCC laisse
entendre que militants et électeurs du Mississippi pourraient
se rappeler à son bon souvenir lors des prochaines élections...
Le CCC
fait partie d'une vaste nébuleuse d'organisations politiques,
religieuses, thématiques de droite et d'extrême droite liées d'une
façon ou d'une autre au Parti républicain. On trouve parmi
elles des mouvements chrétiens comme la Coalition chrétienne ou
le Conseil de recherche familiale (FRC) du candidat à la présidence
Gary Bauer, d'autres opposés à l'avortement, à l'homosexualité,
à l'immigration ou aux impôts, favorables au droit de porter les
armes, à l'enseignement privé,...
Loin
d'être assoupies, ces organisations sont farouchement militantes.
Par exemple, la Coalition chrétienne, qui affirme avoir plus de
deux millions de membres, a distribué des dizaines de millions
de tracts pendant les dernières élections et posé à chaque candidat
une série de questions avant de décider qui soutenir - surtout
des républicains - et qui combattre - avant tout des démocrates.
Elles disposent d'un pouvoir démesuré à l'intérieur du Grand Old
Party car, dans un pays où seulement un tiers des citoyens se
sont rendus aux urnes, les militants, eux, se mobilisent. Et ils
pèsent d'un poids assez lourd dans les instances locales du parti
pour faire pencher la balance en faveur de candidats conservateurs
lors des primaires qui départagent les candidates aux élections.
Les
républicains libéraux ont ainsi vu se dresser contre eux cette
machine conservatrice. Inondés de coups de fil, de télécopies
ou d'e-mails, menacés de voir se dresser contre eux un rival de
droite, la plupart ont cédé et voté l'impeachment de
Bill Clinton. Ces pressions s'exercent désormais sur les
sénateurs, y compris les conservateurs qui hésitent, comme Trent
Lott, à adopter une position jusqu'au-boutiste. Ainsi le
sénateur modéré John Chafee a reçu au cours du dernier week-end
2 200 e-mails anti-Clinton; le sénateur Lott en avait reçu 9 000,
selon le Wall Street Journal. Les mouvements conservateurs
ont obtenu gain de cause, car le premier compromis préconisé par
Trent Lott et les démocrates sur un procès tronqué a été abandonné.
Ils poursuivent leur campagne pour un procès allant jusqu'à la
destitution du président, avec convocation de témoins, comme le
réclament aussi les procureurs de la Chambre. L'un d'eux,
Bob Barr, coordonne cette coalition et l'on trouve son adresse
électronique sur le site du Caucus, (groupe) conservateur.
Ce site
Internet décrit la stratégie préconisée: inonder les parlementaires
de courrier, de visites pour les convaincre ou les forcer de changer
d'avis. Faire le siège des journaux, des débats à la radio,
des réunions publiques, faire du porte-à-porte. Une vingtaine
d'organisations se réunissent régulièrement pour préparer leurs
actions avec un programme plus radical que celui du Parti républicain.
Randy Tate, directeur exécutif de la Coalition chrétienne,
affirme que ce n'est pas l'extrémisme des républicains qui est
la cause de leur échec en novembre, mais leur manque de fermeté
sur leurs princies conservateurs. En fait, cette minorité
semble en train de s'emparer du contrôle des instances dirigeantes
du Parti républicain.